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La Loutre d'Europe, une espèce fascinante à protéger.

La Loutre d’Europe est une espèce sauvage mythique que peu de naturalistes ont la chance de pouvoir observer. Si elle est aujourd’hui complètement protégée sur notre territoire Français, de nombreux facteurs continuent de constituer des menaces pour la Loutre d’Europe. Quelle est l’éthologie de la Loutre ? Quelles sont les principales menaces de cette espèce ? Comment peut-on agir, à l’échelle d’une collectivité, d’une association ou en tant que particulier pour contribuer à protéger la loutre ? Découvrez quelques pistes de réponses à ces questions.


I) Biologie et écologie de la Loutre d’Europe.


1) Généralités


La loutre d’Europe, Lutra lutra, appartient à la famille des Mustélidés. C’est une espèce de mammifères carnivores semi-aquatiques. Elle mesure en moyenne de 100 à 130 cm (dont un tiers pour la queue) et pèse de 6 à 11 Kg. Il existe dans le monde treize espèces de loutres, mais la seule qui arpente la France est la loutre d’Europe. Il s’agit d’une espèce pouvant vivre jusqu’à 15 ans en captivité. La loutre d’Europe est la seule espèce de loutre présente dans toute l’Europe. Toutefois, sa répartition est mondiale puisqu’elle est présente au Japon, en Scandinavie, au Maghreb, en Irlande etc.


2) Habitat et régime alimentaire de la Loutre d'Europe


Il s’agit d’une espèce exploitant une très grande diversité d’habitats et de ce fait, de proies ! On la retrouve sur les bords de rivières et de ruisseaux, elle fréquente également les lacs, étangs, marais, estuaires jusqu’au littoral. La loutre est majoritairement piscivore, mais d’autres proies font régulièrement partie de son alimentation (amphibiens, invertébrés aquatiques et terrestres, mammifères, oiseaux, et reptiles). De nature opportuniste, son régime alimentaire varie selon les saisons et selon le secteur géographique où les individus se situent. Cette espèce présente donc la faculté de s’adapter aux ressources disponibles. Elle consomme quotidiennement environs 10 à 15 % de son poids, soit 1 kg de nourriture.


3) Comportement et reproduction


Selon la disponibilité des ressources alimentaires, la loutre peut occuper un vaste territoire allant de 20 kms à 50 kms (principalement chez les mâles) le long des cours d’eau. Sur le littoral, les observations montrent que les individus occupent en moyenne 10 km de rivage.

La loutre est solitaire, elle ne forme pas de groupes sociaux. Deux individus du même sexe exploitent des territoires qui ne se chevauchent que très rarement.

Le mâle et la femelle ne passent ensemble que quelques jours durant lesquels plusieurs accouplements (d’une durée de plusieurs minutes) auront lieu. Il n’existe pas de période de reproduction précise, elle peut s’effectuer toute l’année avec parfois des préférences pour certaines saisons selon la zone géographique. La gestation dure une soixantaine de jours à l’issue de laquelle la femelle donne naissance de 1 à 3 loutrons. C’est exclusivement la femelle qui s’occupe ensuite de sa progéniture. Les loutrons s’émancipent vers l’âge de 8-9 mois, voir 12 mois. Ils ne seront matures sexuellement qu’à l’âge de 2 – 3 ans. Une fois autonomes, les jeunes dispersent et deviennent erratiques durant quelques mois. Ils recherchent un territoire libre et propice sur lequel s’installer.


II) Le suivi de la Loutre d'Europe


1) État de l’espèce et recolonisation


Face à la quasi extinction des Loutres d’Europe sur le territoire Français, ce n’est qu’à partir des années 70 que des mesures de protection se mettent en place. En effet, en 1972 fut décrétée l’interdiction de sa chasse et de son piégeage, jusque-là traquée essentiellement pour sa fourrure. Pour renforcer cette première mesure de protection incomplète, l’espèce est ensuite inscrite en 1981 sur la liste des espèces protégées sur le territoire français. C’est ainsi que la recolonisation a pu avoir lieu, notamment en repeuplant le Massif central (notamment le Limousin) ou encore la Bretagne.


Si la Loutre d’Europe recolonise progressivement les anciens milieux qu’elle avait pour habitude de fréquenter, l’évolution des populations est soumise à de nombreuses contraintes. Premièrement, l’espérance de vie de la loutre d’Europe à l’état naturel est relativement courte (environ 5 ans, mais des individus de 10 à 12 ans ont été trouvés). D’autres facteurs comme une forte mortalité des juvéniles, une maturité sexuelle tardive, un nombre de descendants relativement faible et une longue période d’apprentissage des jeunes contribuent à rendre difficile l’accroissement rapide des populations.


En plus des facteurs propres à l’espèce, des facteurs anthropiques participent à la vulnérabilité de la Loutre. L’industrialisation, la construction de barrages hydrauliques, la pollution chimique des milieux aquatiques, le développement du réseau routier et la croissance démographique contribuent à détruire une grande partie des zones humides. De ce fait, le territoire de la loutre d’Europe est réduit et les collisions routièresconstituent l’une des principales causes de mortalité pour l’espèce.


2) Mesures de protection possibles à l’échelle d’une collectivité, d’une association et d’un particulier


Tout le monde peut contribuer à protéger la Loutre.

Pour les particuliers et naturalistes amateurs, des formations sont organisées afin de reconnaître les indices de présence tels que les épreintes (crottes servant de marquage territorial) ou les empreintes de la Loutre d’Europe. Ceux-ci permettent de signaler l’espèce sur différentes zones géographiques. Ces signalements doivent permettre de prendre en considération la présence de la loutre en amont de futurs projets d’urbanisation. Les zones concernées peuvent également faire l’objet d’une réflexion quant à la nécessité d’être aménagées pour favoriser la survie des individus. De plus, le signalement des dépouilles, consécutives à des collisions routières, permet de mettre en évidence des zones prioritaires d’actions.

Plusieurs aménagements sont alors possibles : pontons à loutre (permettant aux loutres de traverser les ponts sans devoir emprunter la route), la construction de buses ou encore de viaducs. Des projets de sensibilisation peuvent également être menés localement afin de limiter la vitesse de circulation sur certaines portions routières.


De plus, les collectivités doivent nécessairement contribuer à protéger l’habitat de la loutre. Cela passe par la préservation des gîtes naturels de l’espèce (souches, buissons, chablis), de ses zones de refuges (marais, roselières etc.), des zones de chasse (assurer une bonne qualité de l’eau, restaurer les berges, les profils des cours d’eau etc.) et de ses proies.


Certains aménagements comme les pontons à Loutres sont également facilement réalisables par les associations. Enfin, les missions de sensibilisation (auprès des populations locales ; auprès des enfants ; auprès des collectivités) contribuent également à protéger l’espèce.




Bibliographie :


Charles Lemarchand, 2012, Étude de l’habitat de la loutre d’Europe (Lutra lutra) en région Auvergne (France).

Charles Lemarchand, 2019, La Loutre d’Europe. Biotope Éditions.

Société Française pour l’étude et la protection des mammifères, Présentation de la Loutre d’Europe.

Marie Masson, 2020, Loutre d’Europe : écologie, menaces, conservation, et plan national d’action.


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